SYLVAIN RIEU-PIQUET

SYLVAIN RIEU-PIQUET


L’œuvre graphique de Sylvain Rieu-Piquet est le fruit d’une rêverie féconde focalisée sur les dynamiques de croissance du vivant. En faisant retour à un état de conscience préréflexif, le plasticien renoue avec l’intuition d’un ordre et d’une sophistication naturelles dont il traduit graphiquement les formes. Biomorphiques et complexes, ses motifs dessinent des processus arborescents, des structures courbes et des mouvements de prolifération qui se répandent à la surface du calque, le plus souvent de grands formats, à la manière d’une écriture inconsciente ou d’un végétal qui croît. Cette esthétique de la morphogenèse déploie des figures familières bien que non spécifiquement identifiables (racines, radiolaires, fractales, volutes de fumée ou bourgeons en fleurs), proches d’un état embryonnaire de la matière, en un sens malléable et inconsistante, disponible à la métamorphose. A force de détails et de minutie, Sylvain Rieu-Piquet façonne l’iconographie d’une nature imaginaire, prenant clairement des libertés avec la représentation naturaliste. L’élégance ornementale de ses compositions ne saurait ainsi masquer le profond travail de réinvention qu’il entreprend, rivalisant de technicité avec la nature pour engendrer ses propres formes. De ses sculptures fourmillantes à ses dessins manuélins, alliant baroque et minimalisme, il met en scène dans son œuvre un micro-théâtre fantasmé du vivant qui renoue avec l’extraordinaire complexité de son origine.

Engagé dans la recherche d’un dessin sans dessein, Sylvain Rieu-Piquet laisse libre cours à l’imprévisible et à la bifurcation accidentelle, sans pour autant manifester une spontanéité totale. La patience comme mode opératoire, il focalise son attention sur les infimes variations de sa frise insensée, et plonge dans une rêverie poétique, aussi fertile qu’active, décrite par Bachelard dans les termes d’une absorption de la conscience: « une image se met au centre de notre être imaginant. Elle nous retient, elle nous fixe. Elle nous infuse de l’être. La conscience est alors conquise par un seul objet du monde, un objet qui, à lui seul, représente le monde. » . Entre éveil et attention flottante, le plasticien modèle des représentations amorphes qu’il déploie d’une façon quasi obsessionnelle. De L’Ile des ravissements, une miniature où s’enchevêtrent des centaines d’éléments de décors et de personnages modelés, jusqu’à ses Calques, réalisés au contraire avec une réelle économie de matière, Sylvain Rieu-Piquet affiche en effet un même goût compulsif pour la finition et le détail, comme si à la dilatation de sa conscience correspondait la propagation scrupuleuse de son imaginaire.
A la croisée des planches de Haeckel et du merveilleux naturel de Caillois, les compositions de Sylvain Rieu-Piquet jouent librement de la tension entre l’ordre nécessaire de la nature, son « design » codifié, et la contingence de ses développements spontanés, sa singulière « plasticité ». Influencé par l’ouvrage de référence de D’Arcy Thompson, On Growth and Form, le plasticien applique les principes physico-chimiques de génération au dessin pour créer des formes hybrides et pseudo-naturelles, sans équivalents véritables. Partant du constat de l’identité des mécanismes de croissance des organismes (végétaux, animaux, humains) et des lois physiques (la cristallisation, la propagation d’un liquide), Sylvain Rieu-Piquet envisage la nature comme un modèle esthétique matriciel, à partir duquel imaginer un univers visuel réticulaire, autant marqué son élégance que par son monstrueux onirisme.

Sylvain Rieu-Piquet pousse la logique rhizomatique de ces dessins jusqu’à produire des œuvres acentrées, sans début, ni fin, sans sens imposé, ouvertes à l’accident et aux développements spontanés. Dans une certaine mesure inachevés, ou bien plutôt infinis, leurs centres de gravité se dissolvent en tourbillons, en détours et en sinuosités, de façon à produire une instabilité graphique, propice à un regard diffus, qui glisse à la surface des formes. L’emploi de feuilles de calque renforce cet effet en proposant des étendues sans aspérité, dont la superposition crée un jeu de voilement qui trouble un peu plus l’identification du plan de visibilité. La composition progresse du centre vers les bords extérieurs selon un rythme irrégulier qui déjoue toute interprétation narrative : effets d’évasion, de concentration, de dissolution ou d’écart jalonnent en effet un parcours de lecture littéralement méandreux. Sylvain Rieu-Piquet procède, en outre, selon un principe métonymique, installant des formes dans les formes, qui contrarie encore davantage la linéarité de leurs développements individuels, tout comme le choix du grand format, privilégié dans son œuvre, donne l’occasion d’une immersion qui invite à une circulation visuelle sans repère. Proposant ainsi l’expérience d’une errance contemplative au cœur de la micro-événementialité du vivant, Sylvain Rieu-Piquet donne finalement corps à une plasticité invasive dont la force de prolifération s’étend à l’esprit de celui qui s’y perd.

Florian Gaité, 2016








Créateur polymorphe, Sylvain Rieu-Piquet est agrégé d’arts appliqués, diplômé de l’École nationale supérieure de création industrielle-Les Ateliers et de l’École normale supérieure de Cachan. Le sens du détail de ce discret observateur parcourt l’ensemble de ses créations. Monolithiques, sculpturales et radicales, intemporelles et universelles, elles sont le support d’un ordre complexe, tension constante entre minimalisme et ornement, entre dessin macro et microscopique. Cet ordre expansif, en mouvement perpétuel, fluide et infini s’inspire des phénomènes naturels de génération du motif et place le geste, le faire, au cœur de ses projets. Explorateur singulier, Sylvain Rieu-Piquet s’exprime par sa connaissance des techniques traditionnelles ou son expérimentation des nouvelles technologies, et prête ses talents manuels à la création. Certes réfléchi mais instinctif, son trait s’apparente à l’écriture automatique, se confond avec la matière pour le devenir lui-même, invite à la contemplation et se caractérise par sa puissance émotionnelle.

Eric Sébastien Faure Lagorce
Commissaire indépendant
Extrait du catalogue d’exposition Mutations au Musée des Arts Décoratifs, 2015

Biographie


Né en 1981
Vit et travaille à Paris

Expositions

2016

Novembre à Vitry, exposition collective

2015

Mutations, Musée des Arts Décoratifs, exposition collective
commissariat Eric-Sébastien Faure-Lagorce
Plat en faïence et émail ombrant réalisé avec Guy Eliche. Finaliste du Prix Liliane Bettencourt pour l'Intelligence de la Main

2014

Feu de tout bois, Galerie Ymer & Malta, exposition collective
Art protects, galerie Yvon Lambert, exposition collective

2013

Novembre à Vitry, exposition collective
Prix de Dessin Pierre-David Weill, exposition collective, Paris, Premier Prix
Mineral Design, Lieu du Design, Paris, exposition collective
Art protects, galerie Yvon Lambert, exposition collective

2012

A fleur de Peau, Galerie Ymer & Malta, exposition collective

2011

Un regard d’Obsidienne, Galerie Pierre-Alain Challier, exposition collective
Carte blanche au Cerfav, Pantin, exposition personnelle

2010

Prédictions, Biennale de design de Saint-Étienne, exposition collective
commissariat : Benjamin Loyauté

2008

La Part des Anges, , Centre d’Art La Cuisine, Nègrepelisse, exposition collective
commissariat : Anthony Van den Bossche

2007

Design Parade 2, Villa Noailles, Hyères, exposition collective

2006

Design Parade 1, Villa Noailles, Hyères, exposition collective, Prix du Public avec Wilfrid Minatchy

Foires / Salons

2014

Design Miami Basel, Galerie Ymer et Malta
Art Dubai, Galerie Ymer et Malta

2013

Design Miami Basel, Galerie Ymer et Malta